Les décideurs politiques de notre pays doivent s’engager pour mettre fin à cette situation inacceptable. Au travers de cette campagne, les ONG de la Coalition Eau leur demandent de :

 

  • 1) Rehausser l’ambition de la politique de développement de la France en matière d’eau et d’assainissement

L’enjeu est de taille pour atteindre l’Objectif du Développement Durable (ODD) 6, adopté par les Nations Unies en 2015, qui vise à garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable. Plus de 110 milliards de dollars annuels seront nécessaires d’ici à 2030 selon la Banque Mondiale. Sans l’Aide Publique au Développement, cet objectif ne sera pas atteint. La France, bailleur historique dans ce domaine, doit contribuer plus efficacement à la solidarité internationale pour l’eau et l’assainissement.

Nous demandons au gouvernement de :

– Renforcer l’Aide Publique au Développement française pour l’assainissement par l’octroi de 40 millions d’euros de subventions annuelles supplémentaires et par une priorisation sur les pays les plus pauvres et les populations les plus démunies, notamment celles affectées par les crises humanitaires.

– Accroître la part de l’APD dédiée à l’assainissement au service du renforcement des capacités des pays et de la participation de la population locale en vue d’assurer une gestion durable de l’assainissement

– Concevoir, en concertation avec toutes les parties prenantes, une stratégie d’action pluriannuelle dans ce domaine, dédiée aux droits humains à l’eau potable et à l’assainissement et à la gestion durable des ressources en eau.

 

  • 2) Faire du droit humain à l’eau et à l’assainissement une réalité pour tous en Métropole et en Outre-Mer

A l’image de la Slovénie ou de l’Afrique du Sud, qui ont intégré dans leur législation interne le droit à l’accès à l’eau pour tous, la France doit se conformer à ses engagements internationaux et répondre à l’urgence sociale de l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous sur son territoire.

Nous demandons au gouvernement de :

  • Légiférer pour inscrire le droit humain à l’eau et à l’assainissement en droit interne et pour adopter des dispositions assurant sa mise en œuvre effective pour tous.

L’assainissement doit être une priorité mondiale en matière de développement. Les toilettes jouent un rôle crucial dans l’économie, tout en permettant d’améliorer la santé et de garantir la sécurité et la dignité, particulièrement pour les femmes et les filles.

La France doit faire preuve d’une volonté politique forte et contribuer plus efficacement à ce combat !

4,5 milliards de personnes sont privées de toilettes !
Ces personnes utilisent donc des seaux, des sacs plastiques, des trous, des toilettes partagées, ou encore des latrines à fosse mal isolées. 892 millions d’entre elles sont contraintes de faire leurs besoins à l’air libre, dans les champs, dans les rues ou dans les rivières.

La situation est particulièrement préoccupante en Afrique subsaharienne, où 6 habitants sur 10 n’ont pas accès à des toilettes décentes. Cependant, c’est l’Inde qui concentre le plus de personnes contraintes de se soulager en plein air.

Puisqu’ils ne sont pas stockés dans un endroit clos, ni évacués loin des lieux d’habitation pour être traités, les excréments, qui sont des réservoirs à microbes, se disséminent dans l’environnement. Les microbes se propagent partout : pollution des cours d’eau, infiltration dans les sols, propagation par les mouches et par les personnes.

Cette ingestion ou ce contact avec une eau polluée par les excréments a des impacts graves sur la santé. Les maladies dont la transmission est directement liée au contact entre les personnes et les excréments (comme la diarrhée, le choléra,  la typhoïde) sont responsables de nombreux décès. Chaque année, la diarrhée tue environ 361 000 enfants de moins de cinq ans, soit plus de 1 000 par jour.

Le manque de toilettes a également des conséquences néfastes sur :
•    l’éducation : les enfants malades ne peuvent plus aller à l’école.
•    la dignité : les personnes qui n’ont pas d’endroit intime pour faire leurs besoins sont exposées à la honte.
•    l’égalité des genres : les femmes subissent parfois des agressions en cherchant un endroit où se soulager.
•    l’économie : les pertes dues aux dépenses médicales et les pertes de temps de travail entraînent des pertes économiques importantes.
•    l’environnement : les cours d’eau, les nappes phréatiques et les sols sont pollués.

Retrouvez des témoignages vidéos d’acteurs locaux et représentants politiques engagés pour l’accès à l’assainissement au Tchad :

  • Togina, Adjoint Plaidoyer ASRADD (partenaire local ACF) pour le projet NUTRIS à Mao au Tchad ici , ici , ici  et ici
  • le Responsable Commission eau assainissement, hygiène de la Mairie de Mao ici et ici
  • le Secrétaire Général du Ministère de l’Eau, Assainissement et Hygiène ici 

L’assainissement domestique consiste à évacuer puis traiter l’ensemble des rejets domestiques, solides (déchets ménagers) ou liquides (eaux usées, dont les excréments).

Il existe deux grandes catégories d’assainissement liquide :
•    L’assainissement collectif : ce sont des réseaux d’égouts auxquels sont connectés les ménages, qui acheminent les eaux usées vers des stations de traitement, avant leur rejet dans le milieu naturel.
•    L’assainissement non collectif : il s’agit d’installations comme les latrines et fosses septiques qui stockent les excréments et nécessitent d’être vidangées.

Le cycle de l’assainissement domestique des eaux usées comprend 3 étapes :
•    Le recueil et/ou l’évacuation des eaux usées (latrines, fosses septiques, WC…) ;
•    Leur acheminement jusqu’à un site de traitement (par des camions vidangeurs, des réseaux d’égouts…) ;
•    Le traitement de ces eaux avant le rejet dans le milieu naturel (stations de traitement).
Dans plusieurs régions du monde, ce que l’on appelle la crise de l’assainissement commence par l’absence d’accès aux toilettes, première étape indispensable. Toutefois, il est important de mettre en place des solutions qui prennent en compte l’ensemble du cycle de l’assainissement, afin d’éviter toute dissémination des eaux usées dans l’environnement.

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’Homme reconnu depuis 2010 par les Nations Unies. Et pourtant, l’accès aux toilettes se heurte à de nombreux blocages :

•    Un manque de volonté politique qui empêche de traduire les engagements dans les faits ;
•    L’assainissement n’est pas toujours considéré comme une priorité dans les contextes où l’accès à l’eau potable n’est pas assuré ;
•    La demande des populations pour l’assainissement est faible, car le lien entre manque d’assainissement et maladies n’est pas toujours assimilé et car le prix des infrastructures se situe parfois au-delà des capacités financières des ménages ;
•    C’est un sujet tabou que les Etats, les médias et l’opinion publique sont embarrassés d’évoquer, et intime, ce qui incite les décideurs locaux à considérer qu’il relève de la sphère privée et freine le développement de plans d’actions ;
•    Le manque de financements nationaux et internationaux consacrés à l’assainissement freine le  développement de programmes d’accès.

L’accès aux toilettes entraîne des bienfaits à tous les niveaux :

Santé : L’accès aux toilettes permet de contenir les excréments hors de portée des hommes et de mettre un terme au cercle vicieux de la contamination. En améliorant l’accès aux toilettes, à l’eau potable et en garantissant une bonne hygiène, on pourrait éviter 58% des cas de diarrhées dans le monde. 1000 enfants de moins de 5 ans seraient sauvés chaque jour.

Nutrition : Grâce à la réduction du nombre de diarrhées et d’infections intestinales, le nombre d’enfants souffrant de sous-nutrition pourrait être divisé par 2.

Education : La présence de sanitaires permet de réduire les maladies à l’origine d’un fort absentéisme scolaire : 272 millions de jours de classe pourraient être gagnés chaque année. Les filles en particulier retrouvent leur dignité à l’école : l’accès aux toilettes préserve leur intimité et leur pudeur, d’autant plus lorsqu’elles atteignent l’âge de la puberté.

Egalité des genres : Grâce à des endroits sûrs pour aller aux toilettes, les femmes sont moins exposées à des risques de harcèlement ou d’agressions.

Dignité : Les personnes ne subissent plus la honte de se soulager à l’extérieur ou dans des endroits qui ne garantissent pas leur intimité.

Economie : En réduisant les pertes dues aux dépenses médicales et aux pertes de temps de travail, 260 milliards de dollars par an pourraient être économisés. Chaque dollar investi dans l’amélioration de l’accès à l’assainissement rapporte 5,5 dollars.
Environnement : Les cours d’eau, les nappes phréatiques et les sols seraient moins pollués par les eaux usées.

Des progrès ont déjà été réalisés : entre 2000 et 2012, le nombre d’enfants qui décèdent à cause de la diarrhée a été divisé par 2.
Afin d’accélérer les progrès, il faut aujourd’hui :

Aborder le sujet des toilettes pour briser le tabou : Parler d’assainissement renvoie aux « basses fonctions » de l’être humain. Ce tabou a des conséquences sur la volonté politique d’agir et contribue à maintenir cette question dans la sphère privée, ce qui n’incite pas les populations à exiger une action publique. Le grand public, les médias et les décideurs politiques ont tous la possibilité de mettre l’assainissement sur le devant de la scène pour encourager l’action.

Renforcer la prise de conscience politique pour faire de l’assainissement une priorité : Cette prise de conscience peut passer par des grands rendez-vous internationaux, mais aussi par la pression que l’opinion publique peut exercer sur les gouvernements. Cette pression devrait conduire les gouvernements à mettre en œuvre des politiques publiques dédiées à l’assainissement.

Octroyer des financements suffisants : L’assainissement accuse un fort déficit de financement, aussi les budgets des Etats doivent y accorder une large place. Les ménages individuels quant à eux doivent être encouragés à investir dans les toilettes. Enfin, l’Aide Publique au Développement, accordée par des Etats comme la France aux pays en développement, joue également un rôle primordial.

Sensibiliser les populations pour renforcer leur demande : Sensibiliser les populations aux bienfaits de l’assainissement permettrait d’augmenter leur demande pour accéder à des toilettes, ce qui aurait un impact certain sur la mobilisation des responsables politiques, et par conséquent sur la mobilisation des financements.

Utiliser des techniques simples : Des solutions techniques existent pour apporter des toilettes saines à faible coût. Dans ce domaine, les techniques d’assainissement écologique, comme les toilettes sèches qui permettent de produire du compost, sont particulièrement prometteuses.